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Ghosting, Zombieing, et autres : lexique de la drague 2.0

Les mœurs se libéralisent, les couples évoluent, et de nouveaux phénomènes en matière de séduction voient le jour(*). Depuis l’avènement de la technologie et la multiplication des moyens de communication, on ressent paradoxalement un engagement dans les relations humaines qui faiblit(*). D’après Fabienne Kraemer (psychanalyste en ligne et auteur), les réseaux sociaux, qui génèrent beaucoup d’échanges virtuels, et très peu face-à-face, ont amplifié grandement ces phénomènes(*). Les réseaux sociaux ont même permis d’engendrer de nouveaux comportements en matière de séduction, faisant naître ainsi un nouveau lexique de la drague. Petit tour d’horizon du lexique de la drague 2.0

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  • Le Ghosting

Le Ghosting peut intervenir lorsque deux personnes se rencontrent, et que finalement la magie n’opère pas pour au moins l’une d’entre elles, qui va alors mettre fin à la relation, tout simplement en ignorant l’autre(*).

Selon un sondage paru en 2004, plus d’une personne sur 10 a déjà utilisé cette technique pour terminer une relation. Une autre étude révèle que plus d’un homme sur 10 s’est déjà fait ghoster au moins une fois dans sa vie, tandis que chez les femmes, ce ratio passe à une femme sur 4(*).

Le terme est récent, mais selon Laurence Allard (maître de conférences en sciences de la communication à l’IRCAV-Paris III et Lille), « le ghosting, notamment dans les relations amoureuses, a toujours existé. On pouvait arrêter du jour au lendemain de répondre à des lettres, lorsqu’on en envoyait encore ». Elle poursuit en affirmant que « Avant on pouvait toujours se dire que la lettre avait été perdue. Aujourd’hui, on a un petit « vu » qui s’affiche dans la conversation et qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté »(*).

D’après Cécile Guéret, psychopraticienne, « le ghosting est un phénomène qui témoigne d’un rapport consumériste, utilitariste à l’autre, dans une société où « tout est marché »[…] C’est le fait de ne pas considérer l’autre dans sa différence, son altérité, son humanité nécessairement singulière ; mais comme un objet dont le seul but est notre contentement, notre satisfaction, la réponse à nos attentes, quitte à lui mettre une pression inouïe pour qu’il ne nous déçoive pas. »

Elle ajoute que certains peuvent devenir ghosteurs, parce qu’ils ne savent pas rompre ou qu’ils ont peur de blesser, « par impossibilité à assumer que l’on n’aime plus. Ou lorsqu’il est trop difficile d’expliquer, de se justifier, de se confronter à ce qu’on imagine être la déception ou à la peine de l’autre » ou encore que « d’autres ghostent pour s’épargner une discussion trop sérieuse et ne pas avoir à se justifier ou « par déni d’existence de l’autre, peu de considération pour l’autre qu’on «jette comme une vieille chaussette» »(*).

  • L’Orbiting

Maintenant que nous avons vu le concept de Ghosting, voyons ses dérivés. Une fois que vous vous êtes fait ghoster, vous pouvez éventuellement réaliser que ce ghosteur continue par exemple à regarder vos stories. Vous êtes à ce moment-là victime d’orbiting(*).

Il aura fallu donc attendre 12 ans après l’entrée du terme « ghosting » dans l’Urban Dictionary pour voir celui-ci arriver(*). Le terme « orbiting » a été inventé par l’auteur Anna Iovine, qui définit l’orbiting par l’action d’ignorer quelqu’un tout en continuant de suivre assidûment sa vie sur les réseaux sociaux. Il y a là un côté un peu plus malsain que le ghosting, et pire encore lorsque la personne se met à aimer et commenter vos posts(*).

D’après la psychiatre Sarah Chiche, interviewée sur LCI, « Un manipulateur agit toujours en deux temps. Dans un premier temps, il ferre, il séduit, en déployant des trésors de gentillesse. « Séduire », c’est étymologiquement détourner, conduire hors de, c’est-à-dire aussi bien « capter » et donc par extension « isoler ». Dans un second temps, une fois la proie séduite, elle peut plus facilement être manipulée. »(*)

D’après Rachel O’Neill, spécialiste dans le traitement des problèmes relationnels, principalement ceux liés aux réseaux sociaux, « la personne peut ne pas être nécessairement prête à s’engager dans une relation. Cependant, elle craint que si elle élimine complètement le contact, elle risque de rater l’occasion de reprendre contact plus tard. […] Les médias sociaux offrent un regard unique et voyeuriste sur la vie des personnes avec lesquelles nous entretenons des relations, même les plus occasionnelles »(*).

La psychologue Michelle Crimins a été interrogée par la journaliste Taylor Davies, et elle avance que «En tant qu’êtres sociaux, nous avons des tendances très voyeuristes. On est conditionnés à faire des commérages et il y a beaucoup de cela. Avant, on avait les tabloïds puis il y a eu la télé-réalité. Maintenant, les réseaux sociaux sont la télé-réalité des gens qu’on connaît.»(*).

Les raisons de se lancer dans l’orbiting peuvent donc être variées. Néanmoins, selon le psychologue Gustavo Farray, ces comportements sont généralement liés au comportement de personnes narcissiques ou obsessionnelles(*).

  • Le Zombieing

Le terme fait son entrée dans l’Urban Dictionnary en février 2018, mais son usage s’est popularisé depuis 2017, où on a notamment pu le voir sur The Washington Post(*).

A la différence de l’orbiting, où la personne reste en permanence à proximité, le zombieing désigne les ghosteurs qui reviennent après des laps de temps conséquents afin de vérifier votre disponibilité(*). Cette intention de vous revoir peut être honnête et motivée par plusieurs raisons ; mais son objectif reste toujours de vérifier à priori si vous êtes libre et si vous pourriez avoir un quelconque intérêt pour elle(*).

La définition du zombieing est souvent accompagnée de la théorie du steak haché congelé : ce n’est pas super bon, on le garde toujours au congélateur… sauf qu’on ne le mangera jamais, excepté si on meurt de faim et qu’il n’y a vraiment mais vraiment rien d’autre à manger(*).

  • Le Curving

A mi-chemin entre le ghosting et le zombieing, on peut trouver le curving, qui désigne l’art de se trouver au point d’équilibre entre le « il vous rejette » et « il entretient la flamme »(*).

La relation ne peut donc pas se développer, et souvent le curveur peut installer un jeu vicieux pour rassurer ses victimes et entretenir ce doute malsain(*). Ce doute se traduit souvent par une situation d’insécurité engendrée par une impression d’être éjectée en permanence, sans que cela n’arrive jamais(*).

Le curving, qui est du ghosting à l’extrême, témoigne souvent d’un comportement narcissique presque maladif(*). Selon la psychanalyste Elsa Godart, le curving est « façon ‘faux-cul’ de dire non en feignant de dire oui, un comportement de monstre narcissique qui pousse le curseur encore plus loin dans la lâcheté.»(*)

  • Le Breadcrumbing

Alors que le ghosteur disparaît de votre vie, le breadcrumber entretient la relation. Il donne suffisamment d’attention à quelqu’un et lui entretient ainsi un espoir de relation, sans vraiment le vouloir(*).

Il s’agit là de se garder une option disponible, au cas où. Selon le Dr Brewer, chargé de l’enseignement de la psychologie à l’université Central Lancashire, cité par le journal The Independant, l’intégralité de ce genre de « malentendu » pourrait être évité si les gens étaient clairs dès le début de leurs relations(*).

Ce comportement peut paraître fourbe et égoïste au possible, mais il est quand même à nuancer. Le breadcrumber peut être une personne perdue émotionnellement, qui ne se rend pas du tout compte de la portée de ce qu’elle fait(*).

  • Le Firedooring

« fire door » en anglais désigne une porte coupe-feu(*), laquelle est totalement hermétique à la fumée et ne peut s’ouvrir que d’un seul coté.

Ainsi, le firedooring, selon le media britannique Metro, désigne une relation où l’un des partenaires essaie en vain de faire fondre l’autre. Le firedooreur ne rompt pas, il entretient une relation dont il n’a que faire(*).

Le firedooring désigne donc ces relations unilatérales où l’un des partenaires a un ascendant clair et fort sur l’autre, et où il dicte la météo du couple à sa guise(*). Ce déséquilibre saute souvent aux yeux des personnes extérieures au couple, mais parfois, pour les personnes victimes de firedooring, la situation est beaucoup moins évidente(*).

Lire aussi : Loi Avia : lutte contre les contenus haineux sur internet, chronique d’une débâcle.

La personne victime de firedooring a une sensation d’être en couple, de vivre un début de relation, alors que la réciproque n’est pas du tout vraie. Avec un comportement un peu malsain, le firedooreur peut même entretenir cette relation, y insérer des moments de complicité, rassurer la personne, pour ainsi continuer, et recommencer sans cesse les mêmes cycles(*).

  • Le Caspering

Inspiré par le film Casper(*), le caspering caractérise le gentil fantôme. Alors que le ghosteur disparaît de votre vie de façon brutale, le caspering utilise beaucoup plus de courtoisie pour faire comprendre à l’autre que l’on souhaite mettre fin à la relation(*).

Exemple : “Tu es quelqu’un de super. Nous avons passé de très bons moments ensemble, mais il manque ce petit truc. Je crois que l’étincelle est partie aussi vite qu’elle est arrivée”(*).

Agir avec honnêteté, et disparaître de la vie de la personne de façon correcte, voila la définition du caspering(*). Le magazine Allure considère le caspering comme la seule méthode permettant de garder l’attention d’une personne alors que personnellement, on serait prêt à accepter la fin de la relation. Il s’agirait d’une simple question d’orgueil(*).

  • Le Fleabagging

Le terme est inspiré par la série Fleabag. La série qui raconte le quotidien à la fois drôle et touchant de Fleabag(*), une femme à la répartie cinglante, portée sur le sexe, en colère et assaillie par le deuil, qui fait ce qu’elle peut pour survivre à la vie moderne londonienne, est écrite, réalisée et portée à l’écran par Phoebe Waller-Bridge(*).

Les millenials en ont fait un concept : celui de traiter sa vie amoureuse comme un épisode de la série, multiplier les aventures avec des personnes qui ne sont pas faites pour nous, et ce en parfaite conscience. D’après le site de rencontres en ligne Plenty of Fish, le fleabagging est même considéré comme une des grandes tendances « love » de 2020(*).

  • Le Rossing

« Mais on avait rompus ! ».

La scène culte de l’épisode 1 saison 4 de la série Friends(*) (celui qui soignait les piqûres de méduses) a elle aussi créé son propre concept.

D’après les fans de la série, le rossing accompagne un manque de communication entre les membres du couple. Cela peut entraîner une personne à faire ce qu’elle veut, car se croyant libre(*).

Se « faire rosser », c’est être victime d’une infidélité, sauf que la personne incriminée se dédouane en arguant que la relation n’était pas claire. Lorsque ni l’une ni l’autre n’a envie de faire les efforts pour clarifier la situation, la relation peut devenir très vite insupportable, surtout si l’un des membres assiste aux sexcapades de son partenaire, sans rien pouvoir dire(*).

Certains peuvent avoir peur de clarifier la situation et de devoir terminer la relation, tandis que d’autres préféreront se cacher derrière cette absence de communication pour pouvoir continuer à garder leurs petites habitudes(*).

On arrête là notre lexique, mais il y en a encore bien d’autres(*). On pourrait ainsi rajouter le « faux-nomogomy », la « dateox », le « glimpsing », le « stashing », le « kittenfishing », le « cuffing », le « brush off »; etc ….La liste ne fait que se rallonger de jour en jour.

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